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Roma Città Aperta

Samedi 7 mars 2009

« J’en ai marre de cette pluie qui nous colle aux os depuis des mois et des mois, j’en ai trop marre de ce gris opaque constant au-dessus de nos têtes, du métro, des gens malpolis et indifférents. Je n’en peux plus de cette déprime hivernale qui s’allonge, je suis cassé en deux, en trois, en milles, je suis craquelée tout au long de mon corps voûté.

Eh oui, aussi incroyable que cela puisse te paraître, j’en ai marre de toi, Paris. Je crois qu’il vaut mieux qu’on arrête de se voir un temps, qu’on prenne des distances tous les deux. »

Ça y est, maintenant tout est fini - pensa H, et tout émue, comme d’ordinaire dans ce genre de situation de rupture, alla défouler sa peine auprès de ses copines, auprès de ses oreilles fidèles infatigables. Et elle a eu raison car le lendemain à 7h du matin, toutes les quatre, se sont retrouvées dans le premier avion pour Rome.

Rome, la ville ou les femmes règnent telles des déesses sous les lumières tamisées du Colisée. Où nous toutes, belles, moches, grandes, petites, difformes, vivons au soleil, sous les regards approbateurs de tous les hommes, des regards qui semblent nous remercier de notre existence. Où la galanterie n’est pas un phénomène en voix de disparition.
Vite un cocktail – avant que je m’emballe dans des odes élogieuses de la vieille ville.
Soif éthérée, euphorie stellaire, besoin immédiat d’aller chez « Freni et Frizioni, mon bar préféré du Trastevere, Vodka, gingembre, cannelle, framboises, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dans mon verre. Je me sens revivre et puis je bois et rebois encore.
Chantant « Milord » nous laissons loin derrière nous le Tevere et nos pieds nous emmènent sur les Fori Imperiali. 4 heures du matin et il n’y a que nous et les vieilles colonnes romaines, les murs de la ville antiques, immuables, muets et silencieux depuis l’éternité. On arrête nos pas et on se tait instinctivement, comme dans un geste de profonde vénération face à l’œuvre originel de l’homme. Notre temps s’efface, on épie silencieusement l’Antiquité.
« J’ai l’impression d’être une des servante de Néron »-susurre M.
« S’ils nous voyaient nous avec les fringues de notre époque, ils nous prendraient sûrement pour des gens d’une autre planète ou pour des nouveaux dieux » - avança I.
Les sons humains de nos paroles ont cassé la magie, et on est repartie vers notre Bed&Breakfast, songeant au secret de la vieille ville.