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Sous le Ciel de Paris

Jeudi 20 novembre 2008

Quand on vient à Paris, et on se promène dans ses rues, sur ses ponts, on regarde les bouquinistes, on boit un chocolat chaud sur une terrasse, il y a cette phrase qui ressurgit d’un coin de la tête comme une vieille croyance lointaine : Paris est romantique.

En effet, je marche sur le Pont des Arts, et je vois Notre Dame, légendaire, la Conciergerie d’où le vent souffle encore sur la Seine les pleurs de Marie-Antoinette qui à l’annonce de son exécution, a blanchi dans la nuit. J’entends cette vieille dame qui chante « Sous le ciel de Paris ». Je vois de loin cette foule de japonais, qui photographient un monsieur en bronze immobile sur l’Ile St Louis.

Et moi, je sasse et ressasse les rues de Paris à la recherche de ce romantisme. Existe-t-il vraiment ou même dans la ville de l’amour « romance is dead ».

Car je note des détails qui me laissent perplexe sur le Pont des Arts. Les gens qui marchent sont tous voûtés sous leurs manteaux, ils y mettent même la tête dedans, et ils marchent sans un regard pour nous, étrangères, en quête de Romance à la Parisienne. Ils marchent froids, impassibles, vites. Ils tracent, comme on dit par ici.
Et d’un coup sur le pont, la dame qui chante “Sous le ciel de Paris” a été remplacée par des jeunes très colorés et plein d’étoiles bleues et jaunes, qui dansent… C’est quoi déjà…Ah oui, la tectonique. Fini les sons de l’accordéon. Et un vieux crachat qui commence. C’est déprimant Paris !

D’un coup, je vois deux personnes faire des mouvements étranges. Ils ouvrent une grande valise orange. Le garçon sort deux tréteaux et il y installe une planche par-dessus. La fille écarte doucement le papier en bulle, y sort deux verres de vin qu’elle pose ensuite délicatement sur cette table improvisée. Et puis elle sort la bouteille de vin, elle commence à lire l’étiquette, lui aussi il s’approche pour lire, leurs têtes se touchent, et puis ils se regardent dans les yeux et ils s’embrassent.
Mon cœur n’a fait qu’un bond. Et instantanément j’ai crié «ça existe encore».

Et comme par hasard, alors que mes deux inconnus dégustaient leur château Latour, le vent ramenait de l’Ile Saint Louis :
« Et le ciel de Paris
A son secret pour lui
Depuis vingt siècles il est épris… »