La Célébration du Printemps
Mardi 17 mars 2009Je me réveille aujourd’hui toute en sueur, suffoquant sous ma couette hivernale. Je lui donne un coup de pied violent pour m’en débarrasser. Je reste là un moment, étendue sur le lit, sentant le soleil sur mes jambes. « Il est temps de ranger ma couette dans le fond du placard et de sortir une couverture », pensais-je. C’est enfin le printemps qui arrive.
Très contente de mon constat, je m’habille. Je sors mes trenchs, mes vestes à carreaux, mes jupes, mes petits chemisiers, mes tongs… « Euhh là j’en fais peut-être un peu trop… Je crois que mes Repetto feront l’affaire». Et après avoir foutu un bordel monstrueux sur mon lit qui ressemblait ensuite à un champ de bataille haut en couleurs et après avoir cherché pendant une heure mes lunettes de soleil, je sors enfin.

Toutes les terrasses du quartier sont prises d’assauts par le troupeau citadin affamé de soleil. C’est la grosse glande. Les gens boivent leur café, tranquilles, visage tourné au soleil et regardent les passants les yeux mis-clos. Il y a un homme assis là, livre à la main. Son regard suit discrètement, avec cette discrétion si propre aux Parisiens, les filles qui passent. Cette méthode, je la connais fort bien. Ils s’en servent tous. Ils baissent la tête, et très prudemment, d’un coin de l’œil, jettent un regard furtif vers l’objet de leur attention. Ni vu ni connu. Ensuite ils passent pour des hommes indifférents aux yeux des filles du monde entier. (Alors que dans mon pays, (en plus on a des grands yeux vers chez nous), les gens se regardent dans l’iris même de l’œil.) Alors par simple jeu, je suis son regard et je vois qu’il matte une rousse qui passe avec une petite jupe violette, et puis une grande brune qui très manifestement a chaud car elle enlève sa veste d’un geste brusque laissant découvrir une robe verte à bretelles. En fait ce garçon ne fait rien de mal, il regarde juste le printemps.
À midi, j’ai suivi la foule sortant des bureaux. Je l’ai suivi dans la boulangerie où j’ai acheté un sandwich et puis jusqu’au parc. J’ai posé mes fesses sur un vieux « A nous Paris » qui traînait dans mon sac. On ne sait jamais, l’herbe est peut-être encore mouillée. Les gens mangeaient leur sandwich, exposant leurs membres blancs aux rayons du soleil, telle une offrande aux dieux. Les hommes, veste à la main, cravates desserrées, pantalons rehaussés aux genoux, discutaient entre eux. Une fille avait enlevé son collant et essayait de bronzer ses jambes. Les couples restaient couchés sur l’herbe, main à la main, yeux fermés. Et moi je mangeais mon sandwich regardant tout ce monde, pensant aux rillettes, aux fromages, chips et vin blanc du premier pique-nique de ce printemps.
Merci à mon ami Luviel qui m’a magnifiquement illustré !





