Mlle H au Paris des Merveilles
Jeudi 2 avril 2009Mes chers amis, milles excuses pour ma longue absence, mais comme on dit chez vous « pas de nouvelle, bonne nouvelle ». J’espère réussir à me faire pardonner par le récit d’une expérience initiatique.
J’avais rendez-vous avec mon ancien metteur en scène et ami, W, qui était de passage à Paris un seul jour, pour une affaire urgente. W est un vieux monsieur, d’une certaine corpulence, il a des longs cheveux gris, le visage un peu bouffi par l’alcool et les cigarettes sans filtres qu’il fume à longueur de journée, aimant la bonne bouffe et admirateur inconditionnel des femmes auxquelles il a consacré quasi tous ses films. Il est un peu comme un bon vieil oncle avec lequel on ramasse des champignons dans la forêt alors qu’il raconte en détail la vie des arbres et arbustes. C’est un être extrêmement méticuleux dans le travail et même dans ses vices. Selon lui le sacre de l’homme c’est la connaissance.
Dès qu’il me voit, d’un rapide bonjour, W me pousse dans un taxi, direction La Galerie Vivienne, près de la Bourse. On entre dans une petite boutique de livres de photos, puis on nous conduit à une porte un peu plus loin qui donne sur un immeuble somptueux dans son ancienneté. Le maître des lieux nous accueille, silencieux, avec un léger hochement de tête complice pour W. Une brève lueur est passée dans les yeux de W et d’un pas pressant qui déformait sa corpulence, il l’a suivi dans une pièce. C’était une chambre remplie de livres du sol au plafond, des photos tapissaient partout les murs et quelques objets antiques étaient posés de-ci de-là.

Le monsieur posa devant W une enveloppe et une loupe. De ses mains tremblant légèrement, W ouvrit doucement cette enveloppe pour en extraire une toute petite photo qui le laissa coi pendant un long moment. Je sentais qu’il se passait quelque chose de très fort entre les deux hommes et la petite photo mais je n’en saisissais pas le sens. Alors que W était en plein choc admiratif, le Monsieur c’est souvenu de ma présence et a éclairé mon ignorance flagrante :
« C’est une photo prise par Marey en 1882. Le nom de Marey est bien connu pour ses recherches dans l’étude du mouvement chez les êtres vivants et pour y parvenir il a utilisé la photo. Marey trouva le moyen de saisir plusieurs mouvements en une seule photographie. C’est la chronophotographie. Il s’agit des premières images du cinéma. Et W chasse ses photos depuis très longtemps. Moi je trouve pour lui des photos rares qui l’intéressent dans son travail.»

Alors c’est ça, W le méticuleux, W le passionné. Ah, incroyable, W est un chasseur, et ce monsieur aussi. Ce sont des chasseurs d’œuvres d’art, de l’Antiquité, des chasseurs de l’origine de l’homme.
Hypnotisée, je l’ai suivi dans une autre chambre. C’était la chambre des livres. Tous de très belles reliures. Les livres des premières imprimantes. Il en a pris un dans ses mains et respectueusement l’a ouvert :
« Regarde c’est un Luys, Le docteur Jules Bernard Luys.(1828-1897) était un éminent médecin français neurologue, qui publia l’atlas du système nerveux central utilisant notamment la photographie. Il était obnubilé par la folie, il voulait la comprendre et pourquoi pas la voir. Alors il a photographié le cerveau de certains de ses patients gravement atteints, pour voir la folie. Il restera dans l’histoire comme l’homme qui photographia la folie. Intéressant, non » ricana-t-il devant ma pâleur…

Il a appuyé sur le nez d’une statuette, et nous sommes entrés. Il y avait un bric à braque incroyable là dedans. Des vases, des photos, des statuettes de tout genre, des objets indéfinissables pour l’homme moderne, la seule chose dont j’étais sûre était leur ancienneté. Je n’osais toucher à rien, de peur qu’ils deviennent poudre sous mon toucher et qu’ils disparaissent à tout jamais.
Le Monsieur m’a montré une photo de couleurs et lignes incompréhensibles (mais bon, j’étais habituée maintenant) et m’a donné des espèces de lunettes bicolores en papier pour la regarder. Et là, la photographie devant moi devenait vivante, je voyais tous les reliefs, des images superposées l’une derrière l’autre. Je souriais tout bêtement avec mes lunettes magiques. «C’est un Anaglyphe et on ne peut le voir qu’avec ce genre de lunettes. Un anaglyphe (XIX siècle) est constitué de deux images superposées de couleurs complémentaires représentant la même scène mais vue de points légèrement décalés. Il restitue un relief. Et maintenant retournons réveiller notre ami W avant qu’il ne soit complètement happé par son Marey ».
Effectivement W était toujours assis là où on l’avait laissé avec la précieuse photo dans une main et sa carte de crédit dans l’autre. Le Monsieur m’a offert trois livres de sa maison d’édition présentant des vielles photos et leurs histoires avant de partir, m’invitant à la galerie pour les expositions futures. Ainsi je suis partie, songeant à cet endroit avant que W ne me sorte de cette rêverie en m’invitant boire une bière pour parler….cinéma…eh oui, encore.
Mes remerciements à Werner et à Serge Plantureux qui m’ont ouvert un monde qui va au-delà de l’art. Une adresse pour les curieux :





