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La Bise - Deuxième Année

Vendredi 6 février 2009

Au bout d’un an et de (365j x 20b/j = 7300b/an) 7300 bisous, j’étais passé maître dans le maniement de la « Neutre Attitude » au moment de la bise.

Je connaissais toutes les ficelles, les subtilités, je connaissais désormais ces lois silencieuses qui véhiculent la distribution des bises. Je savais reconnaître quel type de bisou correspondait à tel type de personne. Bref après analyse, j’avais même établi une liste avec les types de bises et leurs caractéristiques.

LE BISOU AERIEN : distribué à une personne qualifiée de connaissance quelconque, et qui ne va pas être fâché de ne pas sentir ton haleine tiède sur sa joue. Entre dans la catégorie INDIFERENCE !
Il y a une exception pour ce type de bise : Elle est très répandue chez les petites vieilles qui ont peur de perdre leurs rouges à lèvres.

LE BISOU LEVRES PINCÉES : s’utilise généralement envers de personnes avec lesquels souvent on ne partage pas les mêmes points de vue sur la vie, les fringues, les mecs, bref on n’est pas dans le même trip. Mais attention parfois ce bisous-là peut être guidé par un sentiment un peu pervers imbu d’envies cachées et de jalousie. Je me méfie toujours de celui-là. Catégorie : FRISSONS !

LE BISOU BOUCHE CUL DE POULE : il est souvent accompagné d’un son qui fait plouf, pfouf, muah, selon l’appellation qu’on lui a donné durant l’enfance. Dans ce cas, la bise est franche, joueuse, drôle. Y ont droit : les amis proches, le petit-neveu tout beau tout mignon et ses copains de jeu au parcs, ce cher et tendre mari avec qui on partage la vie depuis 15 ans. Catégorie : GAGA !

LE BISOU « CODE SECRET », car c’est un code pour envoyer des signaux colorés au gars craquant dans la fête et éventuellement l’avertir que c’est juste une question de temps avant que tu ne fasses qu’une bouchée de lui. La bise est appuyée et longue. Généralement, on en profite pour fourrer son nez discrètement dans les cheveux du type et respirer son odeur (histoire d’être sûre de ne pas avoir des mauvaises surprises au moment venu). Entre dans la catégorie IMPERTINANCE !
Dans ce domaine, on reconnaît un autre type de bise, mais un peu effronté, je dirais. Je parle de la BISE MOUILLEE. Dans tous les cas de figures, elle a une caractéristique commune : elle fait rougir.
(À moins que ce soit un bébé qui te bave sur la joue en faisant ses explorations sur l’usage de la bouche)…

Je reconnais que ce classement est strictement personnel et subjectif, donc assujetti à des modifications de dernière minute, alors vous pouvez tout à fait m’en soumettre vos avis et vos contestations.
Un gros bisou en attendant la suite…

La Bise – Première Année

Jeudi 29 janvier 2009

Mon premier jour au lycée français fût un souvenir inoubliable.

Dès que j’ai mis les pieds dans ma nouvelle classe, je me suis sentie aimée par les Français. L’un après l’autre, ils sont venus se présenter et ils m’ont embrassé sur les joues, certains même 4 fois. Mon cœur, pas habitué à cette explosion d’amour inconditionnelle, palpitait de gratitude envers cette grande gentillesse. Les pommettes rouges, les yeux en larmes, je m’assoie à côté d’une fille très jolie, qui m’embrasse elle aussi. Elle portait un nom de fleur qui lui allait comme un gant, Violette.

Après les cours, je suis allée rencontrer ma famille d’accueil, qui donnait une réception en mon honneur pour présenter la petite étrangère qui allait vivre avec eux, à tous les voisins et amis. Là aussi, rebelote, je me suis émue alors qu’ils venaient tous m’embrasser.

J’ai appelé ma mère le soir même qui pleurait de gros sanglots à l’autre bout du fil. Je lui ai dit «  Pleure pas maman, ici ils sont tous très gentils et bons avec moi, ils m’ont tous embrassé. D’ailleurs je ne comprends pas pourquoi on dit que les Français sont froids, c’est tout le contraire. Ne t’en fais pas pour moi maman. La France m’aime. »

Toute la semaine continua ce rituel de bisous incessants. Je commençais à m’y faire, je souriais moins comme une débile quand on m’embrassait, surtout que les autres ne semblaient pas exprimer un sentiment particulier, quand ça se passait. Ils faisaient ça avec naturel. Deux semaines après, ce n’était pas encore tout à fait ça, mais je m’approchais immanquablement de mon but : « la neutre attitude au moment du bisou ».

J’ai beaucoup d’histoires à vous raconter sur moi, la bise et les Français, mais ce serait injuste de tout vous raconter en une seule fois. J’ai goûté, subi, joui, haï, dévié et recherché cette fameuse bise, pendant trop d’années pour vous la lâcher d’un coup. Alors à bientôt pour la suite. Bisous, bisous.