Le petit Nicolas

16 avril 2009

Le petit Nicolas
Goscinny - Sempé
Du 6 mars au 2 juillet
Salon d’accueil de l’Hôtel de Ville
29 rue de Rivoli 75004 Paris.

Mlle H au Paris des Merveilles

2 avril 2009

Mes chers amis, milles excuses pour ma longue absence, mais comme on dit chez vous « pas de nouvelle, bonne nouvelle ». J’espère réussir à me faire pardonner par le récit d’une expérience initiatique.

J’avais rendez-vous avec mon ancien metteur en scène et ami, W, qui était de passage à Paris un seul jour, pour une affaire urgente. W est un vieux monsieur, d’une certaine corpulence, il a des longs cheveux gris, le visage un peu bouffi par l’alcool et les cigarettes sans filtres qu’il fume à longueur de journée, aimant la bonne bouffe et admirateur inconditionnel des femmes auxquelles il a consacré quasi tous ses films. Il est un peu comme un bon vieil oncle avec lequel on ramasse des champignons dans la forêt alors qu’il raconte en détail la vie des arbres et arbustes. C’est un être extrêmement méticuleux dans le travail et même dans ses vices. Selon lui le sacre de l’homme c’est la connaissance.

Dès qu’il me voit, d’un rapide bonjour, W me pousse dans un taxi, direction La Galerie Vivienne, près de la Bourse. On entre dans une petite boutique de livres de photos, puis on nous conduit à une porte un peu plus loin qui donne sur un immeuble somptueux dans son ancienneté. Le maître des lieux nous accueille, silencieux, avec un léger hochement de tête complice pour W. Une brève lueur est passée dans les yeux de W et d’un pas pressant qui déformait sa corpulence, il l’a suivi dans une pièce. C’était une chambre remplie de livres du sol au plafond, des photos tapissaient partout les murs et quelques objets antiques étaient posés de-ci de-là.

Le monsieur posa devant W une enveloppe et une loupe. De ses mains tremblant légèrement, W ouvrit doucement cette enveloppe pour en extraire une toute petite photo qui le laissa coi pendant un long moment. Je sentais qu’il se passait quelque chose de très fort entre les deux hommes et la petite photo mais je n’en saisissais pas le sens. Alors que W était en plein choc admiratif, le Monsieur c’est souvenu de ma présence et a éclairé mon ignorance flagrante :

« C’est une photo prise par Marey en 1882. Le nom de Marey est bien connu pour ses recherches dans l’étude du mouvement chez les êtres vivants et pour y parvenir il a utilisé la photo. Marey trouva le moyen de saisir plusieurs mouvements en une seule photographie. C’est la chronophotographie. Il s’agit des premières images du cinéma. Et W chasse ses photos depuis très longtemps. Moi je trouve pour lui des photos rares qui l’intéressent dans son travail.»

Alors c’est ça, W le méticuleux, W le passionné. Ah, incroyable, W est un chasseur, et ce monsieur aussi. Ce sont des chasseurs d’œuvres d’art, de l’Antiquité, des chasseurs de l’origine de l’homme.

Le monsieur, apparemment sensible à mon étonnement, m’a fait voir d’autre photo de Marey, de Muybridge et puis des photos de Marcel Duchamp, des originales, toutes. J’ai compris que le hasard m’avait donné rendez vous dans un sanctuaire de l’art, bien plus grand que ce que je pouvais comprendre. Le monsieur étalait devant moi des tas de photos étranges et les années défilaient devant mes yeux, 1885, 1912, 1924 …

Hypnotisée, je l’ai suivi dans une autre chambre. C’était la chambre des livres. Tous de très belles reliures. Les livres des premières imprimantes. Il en a pris un dans ses mains et respectueusement l’a ouvert :

« Regarde c’est un Luys, Le docteur Jules Bernard Luys.(1828-1897) était un éminent médecin français neurologue, qui publia l’atlas du système nerveux central utilisant notamment la photographie. Il était obnubilé par la folie, il voulait la comprendre et pourquoi pas la voir. Alors il a photographié le cerveau de certains de ses patients gravement atteints, pour voir la folie. Il restera dans l’histoire comme l’homme qui photographia la folie. Intéressant, non » ricana-t-il devant ma pâleur…

Maintenant, allons dans la chambre secrète. Ici très peu de personnes sont entrées, mais je veux te faire voir quelque chose. »

Il a appuyé sur le nez d’une statuette, et nous sommes entrés. Il y avait un bric à braque incroyable là dedans. Des vases, des photos, des statuettes de tout genre, des objets indéfinissables pour l’homme moderne, la seule chose dont j’étais sûre était leur ancienneté. Je n’osais toucher à rien, de peur qu’ils deviennent poudre sous mon toucher et qu’ils disparaissent à tout jamais.

Le Monsieur m’a montré une photo de couleurs et lignes incompréhensibles (mais bon, j’étais habituée maintenant) et m’a donné des espèces de lunettes bicolores en papier pour la regarder. Et là, la photographie devant moi devenait vivante, je voyais tous les reliefs, des images superposées l’une derrière l’autre. Je souriais tout bêtement avec mes lunettes magiques. «C’est un Anaglyphe et on ne peut le voir qu’avec ce genre de lunettes. Un anaglyphe (XIX siècle) est constitué de deux images superposées de couleurs complémentaires représentant la même scène mais vue de points légèrement décalés. Il restitue un relief. Et maintenant retournons réveiller notre ami W avant qu’il ne soit complètement happé par son Marey ».

Effectivement W était toujours assis là où on l’avait laissé avec la précieuse photo dans une main et sa carte de crédit dans l’autre. Le Monsieur m’a offert trois livres de sa maison d’édition présentant des vielles photos et leurs histoires avant de partir, m’invitant à la galerie pour les expositions futures. Ainsi je suis partie, songeant à cet endroit avant que W ne me sorte de cette rêverie en m’invitant boire une bière pour parler….cinéma…eh oui, encore.

Mes remerciements à Werner et à Serge Plantureux qui m’ont ouvert un monde qui va au-delà de l’art. Une adresse pour les curieux :

Librairie Serge Plantureux 4 Galerie Vivienne 75002 Paris
www.sergeplantureux.fr

La Célébration du Printemps

17 mars 2009

Je me réveille aujourd’hui toute en sueur, suffoquant sous ma couette hivernale. Je lui donne un coup de pied violent pour m’en débarrasser. Je reste là un moment, étendue sur le lit, sentant le soleil sur mes jambes. « Il est temps de ranger ma couette dans le fond du placard et de sortir une couverture », pensais-je. C’est enfin le printemps qui arrive.
Très contente de mon constat, je m’habille. Je sors mes trenchs, mes vestes à carreaux, mes jupes, mes petits chemisiers, mes tongs… « Euhh là j’en fais peut-être un peu trop… Je crois que mes Repetto feront l’affaire». Et après avoir foutu un bordel monstrueux sur mon lit qui ressemblait ensuite à un champ de bataille haut en couleurs et après avoir cherché pendant une heure mes lunettes de soleil, je sors enfin.

La Célébration du Printemps

Toutes les terrasses du quartier sont prises d’assauts par le troupeau citadin affamé de soleil. C’est la grosse glande. Les gens boivent leur café, tranquilles, visage tourné au soleil et regardent les passants les yeux mis-clos. Il y a un homme assis là, livre à la main. Son regard suit discrètement, avec cette discrétion si propre aux Parisiens, les filles qui passent. Cette méthode, je la connais fort bien. Ils s’en servent tous. Ils baissent la tête, et très prudemment, d’un coin de l’œil, jettent un regard furtif vers l’objet de leur attention. Ni vu ni connu. Ensuite ils passent pour des hommes indifférents aux yeux des filles du monde entier. (Alors que dans mon pays, (en plus on a des grands yeux vers chez nous), les gens se regardent dans l’iris même de l’œil.) Alors par simple jeu, je suis son regard et je vois qu’il matte une rousse qui passe avec une petite jupe violette, et puis une grande brune qui très manifestement a chaud car elle enlève sa veste d’un geste brusque laissant découvrir une robe verte à bretelles. En fait ce garçon ne fait rien de mal, il regarde juste le printemps.

À midi, j’ai suivi la foule sortant des bureaux. Je l’ai suivi dans la boulangerie où j’ai acheté un sandwich et puis jusqu’au parc. J’ai posé mes fesses sur un vieux « A nous Paris »  qui traînait dans mon sac. On ne sait jamais, l’herbe est peut-être encore mouillée. Les gens mangeaient leur sandwich, exposant leurs membres blancs aux rayons du soleil, telle une offrande aux dieux. Les hommes, veste à la main, cravates desserrées, pantalons rehaussés aux genoux, discutaient entre eux. Une fille avait enlevé son collant et essayait de bronzer ses jambes. Les couples restaient couchés sur l’herbe, main à la main, yeux fermés. Et moi je mangeais mon sandwich regardant tout ce monde, pensant aux rillettes, aux fromages, chips et vin blanc du premier pique-nique de ce printemps.

Merci à mon ami Luviel qui m’a magnifiquement illustré !

En Italie…

12 mars 2009

Il peut t’arriver ça :

…puis tu peux te permettre de demander, sans que personne te regarde de travers… ça :

…et puis, alors que tu te balades tranquillement dans les rues, il peut t’arriver ça aussi :

Roma Città Aperta

7 mars 2009

« J’en ai marre de cette pluie qui nous colle aux os depuis des mois et des mois, j’en ai trop marre de ce gris opaque constant au-dessus de nos têtes, du métro, des gens malpolis et indifférents. Je n’en peux plus de cette déprime hivernale qui s’allonge, je suis cassé en deux, en trois, en milles, je suis craquelée tout au long de mon corps voûté.

Eh oui, aussi incroyable que cela puisse te paraître, j’en ai marre de toi, Paris. Je crois qu’il vaut mieux qu’on arrête de se voir un temps, qu’on prenne des distances tous les deux. »

Ça y est, maintenant tout est fini - pensa H, et tout émue, comme d’ordinaire dans ce genre de situation de rupture, alla défouler sa peine auprès de ses copines, auprès de ses oreilles fidèles infatigables. Et elle a eu raison car le lendemain à 7h du matin, toutes les quatre, se sont retrouvées dans le premier avion pour Rome.

Rome, la ville ou les femmes règnent telles des déesses sous les lumières tamisées du Colisée. Où nous toutes, belles, moches, grandes, petites, difformes, vivons au soleil, sous les regards approbateurs de tous les hommes, des regards qui semblent nous remercier de notre existence. Où la galanterie n’est pas un phénomène en voix de disparition.
Vite un cocktail – avant que je m’emballe dans des odes élogieuses de la vieille ville.
Soif éthérée, euphorie stellaire, besoin immédiat d’aller chez « Freni et Frizioni, mon bar préféré du Trastevere, Vodka, gingembre, cannelle, framboises, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dans mon verre. Je me sens revivre et puis je bois et rebois encore.
Chantant « Milord » nous laissons loin derrière nous le Tevere et nos pieds nous emmènent sur les Fori Imperiali. 4 heures du matin et il n’y a que nous et les vieilles colonnes romaines, les murs de la ville antiques, immuables, muets et silencieux depuis l’éternité. On arrête nos pas et on se tait instinctivement, comme dans un geste de profonde vénération face à l’œuvre originel de l’homme. Notre temps s’efface, on épie silencieusement l’Antiquité.
« J’ai l’impression d’être une des servante de Néron »-susurre M.
« S’ils nous voyaient nous avec les fringues de notre époque, ils nous prendraient sûrement pour des gens d’une autre planète ou pour des nouveaux dieux » - avança I.
Les sons humains de nos paroles ont cassé la magie, et on est repartie vers notre Bed&Breakfast, songeant au secret de la vieille ville.

Quel croque êtes-vous ?

27 février 2009

Les Usagers du Métro

24 février 2009

Paris. Froid glacial. Les rues sont vides, mais eux ils sont encore là.
Ils sont partout. Assis en dessous d’un guichet de banque, bouteille à la main devant un Franprix, allongés sur le trottoir, couchés sur un banc de métro. Et encore, dernièrement ils se voient dépourvus de cette option, car la RATP a remplacé les bancs par des chaises glissantes. Néanmoins, ils rodent toujours dans le coin, ces usagers éternels du métro. Les plus chanceux, ceux qui n’ont pas encore sombré, réussissent à exister par leur chant rauque ou par leur voix monocorde qui quête l’argent à travers les allées de voyageurs; les autres n’existent que par leur puanteur.

«Il n’y a pas toujours des sous à donner, mais un sourire sur les lèvres, ça détend», ainsi répétait son refrain du jour cette vielle femme, d’une soixantaine d’année, une clocharde comme on en rencontre souvent quand on est une habituée du métro comme moi. Elle avait un chapeau violet sur la tête, large et difforme, ce qui la distinguait de nous autres, êtres grisâtres se fondant dans la foule métromane parisienne.
«Baisse ta tête et lis parisien
Baisse ta tête et écoute ton refrain journalier
Baisse ta tête et hume la cage à souris»

Pour mon ami, Al…

La Bise - Troisième Année

19 février 2009

C’est l’été. Je suis de retour dans ma terre natale. Il fait très chaud.
Un jour, alors que je lisais tranquille dans ma chambre, j’ai entendu des rires cristallins qui se mélangeaient au ronronnement constant du ventilateur.
Ma mère tenait salon. Elle avait invité toutes ses copines-profs de français. Une par une je leur ai fait la bise.

Une d’elles en rigolant dit : « Oh la la, H est devenue une vraie française. Elle nous fait la bise. Te souviens-tu Lumto, on nous l’interdisait autrefois ? »

Et là, ma mère qui saute : « Et comment je me souviens ! Pendant la dictature, c’était interdit de faire la bise aux Français du PC qui venait visiter le pays, fascinés par ce bastion du communisme. Les consignes étaient strictes : Il faut donner tout de suite la main aux camarades français afin de couper en avance leur élan naturel à faire la bise. Sinon, on risquait d’être poursuivi par la loi pour « influences étrangères ». Je me souviens, j’ai accompagné un groupe pendant deux semaines. Au moment du départ, l’un d’eux, s’est jeté à mes bras et m’a embrassé quatre fois. J’ai senti mes jambes se dérober sous moi et tout ce que j’arrivais à me dire c’était : « Pourvu que personne ne m’ai vu. Je n’ai même pas pu me laisser toucher par ce beau geste d’amitié ».

J’y pense parfois…Comme je pense aussi à notre ami Robert, les lettres duquel nous arrivaient toujours ouvertes et à la fin on ne nous les livraient même plus… »

Un ange amer est passé.

Quant à moi, j’ai trouvé une réponse ce jour-là.  J’ai su que quelque part j’étais venue en France pour vivre le rêve de ma mère.

Très Valentine

15 février 2009

Hier matin, le téléphone se déchaîne. La première fois que ça sonne, je me dis que je laisse tomber. La deuxième fois, je murmure un truc matinal méchant. La troisième fois, je réponds en essayant de prendre une voix douce et pas trop endormie au cas où c’est pour un boulot. Et non, c’est un livreur de cadeaux. Alors je saute du lit, je mets une couverture sur le poste de télé (on ne sait jamais, ceux de la redevance sont devenus vicieux avec le temps), et j’ouvre la porte pour me retrouver nez à nez avec … le cadeau. Mon premier cadeau. Ce sont des orchidées violettes d’Afrique. C’est la première fois qu’un truc sympa vient pour moi d’Afrique. D’habitude, c’est plutôt le contraire (moi et l’Afrique c’est une longue histoire que je raconterai quand je serai vieille et que je radoterai sur un banc). Je mets alors les fleurs sur la bibliothèque, là ou elles prennent bien la lumière de la lampe, et je me dis que ça va être une chouette journée….

L’Heure de l’Apéro

13 février 2009

Hier soir j’étais invitée dîner chez H Junior. Ma sœur, qui habite avec son copain, un Français, a adopté par amour son mode de vie. Alors elle profite de cette fusion, pour faire bon usage de quelques rites français sympas, comme l’apéro avant le passage à table.

Alors, comme toute-bonne française elle s’est appliquée à nous offrir un apéro royal. Sur la table s’étalaient des carottes et des brocolis crus avec une petite sauce tzatziki, une belle planche en bois avec des rondelles de saucisson sec, des noix de cajou, des figues séchées, des blinis avec des rillettes de thon, et des petites tartelettes de  poireaux. Le tout accompagné de bières, de vin blanc, et du raki, histoire de mettre une petite touche de chez nous. Ma sœur avait fait du zèle.

Je m’y connais en apéro et parfois il n’y a que des cacahouètes à se mettre sous la dent, comme quand on va chez Steph. Les conversations sont toujours de haute volée, la bière bien fraîche, mais les cacahouètes restent des cacahouètes. En revanche l’apéro chez Alex est exquis, toujours du champagne et des amuse bouches de chez Publicis Drugstore. En plus il a un large canapé qui s’accorde à la perfection avec son grand écran plasma pour des soirées match de foot. Et puis il y a les apéros sonores chez François tous les jeudis soirs, qui sont devenue une institution désormais. Et le must les apéros entre copines, et là croyez-moi, ça jase grave, et quand les mojitos montent à la tête, ça jase encore plus.

Parfois j’ai l’impression que la vie sociale des gens tourne autour de ces apéros, qui sont des excellents prétextes pour voir des amis. Il y a des apéros trois fois par semaine chez l’un et l’autre. C’est pratique pour l’hôte qui ne passe pas son temps derrière les fourneaux. Et puis pour les invités aussi, car on s’y rend tôt et on part tôt, ce qui évite la tête fracassée le lendemain au travail. Enfin, il y a toujours le risque d’un apéro qui s’éternise et là attention au dérapage.

Quand même, les apéros les plus sympas, restent ceux du Sud, en étés. Pastis, tapenade, poissons crus. Je passe des heures à tables, en maillot de bain, enivrées par les arômes d’huile d’olive, de persil et des herbes de Provence.  Ahlala le soleil, il se fait désirer ces jours-ci…