Archive pour la catégorie ‘Previously on 24’

Un Corps Parfait - Part 2

Lundi 18 mai 2009

Et voilà, que pleine de férocité, je me rends à mon premier cours de hip hop. C’est parfait pour moi, la prof a l’air aussi agressive et haineuse de graisse que moi. On fait des abdos à n’en plus finir, 120, 150, à 190 je lâche, mais une voix me rappelle à l’ordre « allez les girls, on fight, on fight ». Après il faut faire des pompes. Alors là je suis complètement nulle. Je n’ai jamais su en faire et puis je déteste ça. Je me sens trop ridicule car à chaque fois que j’essaye de monter tout le corps en ligne droite, eh bien ça rate, il y a le cul qui s’élève et je ressemble à un dromadaire. Enfin, jusqu’à là, je ne m’étais pas rendue compte que cela arrivait dans le meilleur des cas. J’étais sur le point de me confronter au pire. Tout à coup, mes bras ont tremblé si fort que je me suis retrouvé affalée par terre avec la douleur du choc de cette chute de quelques centimètre qui me tenaillait le ventre et les hanches.
Je ferme les yeux. J’ouvre les yeux. Elle se tenait là devant moi, telle une hyène avec sa grande crinière rousse et sa bouche énorme qui criait : You will fighttttttttttttttt. Debouuuuuuuuuuuuuut. Je ne me le suis pas fait dire deux fois.

Enfin la prof annonce la fin du travail sur les muscles (du cauchemar) et la musique de Miss Platnum commence. C’est le moment d’apprendre la chorégraphie. Je m’amuse beaucoup. Je suis toute fière, je connais les mouvements, j’y arrive les doigts dans le nez. Jusqu’au moment où en pleine pirouette, la voix de la prof surgit soudainement « H, vous n’êtes pas dans un cours de danse contemporaine, mais dans un cours de hip hop. Et le hip hop les filles, ça a du chien. Maintenant, Listen to the rhythm et go encore une fois. Et puis elle est venue à coté de moi, elle a commencé à danser. On faisait les mêmes mouvements, mais ils semblaient tellement différents, les siens avaient la classe.

Le soir, chez moi j’essayais les mouvements devant la glace, je me sentais si tonique. Le lendemain j’avais des courbatures partout, alors j’ai passé la journée au lit contente de cette preuve d’efficacité de mon cours (d’un point de vue sportif). Je me suis dit que la prochaine fois j’allais échanger mon leggings contre un jogging.

Un Corps Parfait - Part 1

Lundi 11 mai 2009

Deux mois que j’angoisse. Deux mois déjà, que toutes les couvertures de magasines font leur une sur le dictat de la minceur « comment maigrir avant l’été, comment perdre son ventre avant d’aller à la plage, une barre de chocolat égale 1h30 de course ». Je ne peux plus marcher dans la rue sans être confrontée à ces beautés si minces, ci blanches, de la France.

Personnellement, je suis plutôt ce qu’on appelle une beauté méditerranéenne, avec la peau mate couleur huile d’olive, des hanches larges, un ventre plutôt rond que plat. Je ne m’étais jamais sentie dodue avant d’arriver à Paris. Pendant des années j’ai essayé de percer le mystère de la minceur des françaises, (bien entendu chez nous ces filles passent pour des malades squelettiques, mais bon je vis ici, alors je me conforme aux coutumes et aux goûts du pays), pour arriver à la conclusion que leur squelette est plus petit que le notre, que leur os sont plus étroits, aussi bien chez les filles que chez les garçons, qui eux aussi sont moins large d’épaules, et plus fins des cuisses que les gars de chez nous. Donc la minceur chez les Françaises est génétique, donc rien à voir avec une certaine volonté à ne pas s’engouffrer de chocolat et de glaces. Une fois arrivée à cette conclusion, je me suis réconciliée avec mon corps et moi-même et étrangement j’ai maigri.

Deux mois que j’angoisse car avec l’arrivée des beaux jours, la mer et la plage ne ressemblent plus à un beau souvenir d’une vie passée, dans moins de trois semaines, ce corps qui sommeillait sous la graisse hivernale va devoir s’étaler gracieusement sur des rochers de calanques chauffés par le soleil. Alors les temps sont serrés, on passe à la vitesse frénétique. Vite, Google, mon ami, il me faut des cours, des cours qui feront bouger mon corps, qui vont attaquer ma graisse dégoulinante, dégoûtante, et la feront disparaître. Abdos, fessiers, cuisses, bras… la spirale des tourments qui commence…

A suivre…

Le muguet du 1er mai

Vendredi 1 mai 2009

J’ai mis le réveil très tôt ce matin. Je voulais profiter du calme matinal et des premiers rayons de soleil, pour me promener dans les rues avant que la ville se réveille. Quelle fût ma surprise de voir dès 6 heures du matin, des dizaines de marchands de fleurs blanches faisant le guet des âmes passantes.
« Mademoiselle, des muguets… », entendais-je partout derrière mes pas. Le marché se réveillait. Les vendeurs de fruits et légumes discutaient tous ensemble buvant leur café. Les boulangeries n’étaient pas encore ouvertes. Tout d’un coup, la porte de camion s’ouvrit et une tête rousse, un peu hirsute sortit en baillant. L’homme, qui visiblement avait passé la nuit là, sortit de son sac de couchage et commença à installer un petit stand de muguet.

Lors de ma petite promenade parmi ces marchands bavards j’ai appris que le muguet du premier mai est une fleur porte-bonheur qu’on offre aux gens qu’on aime, pour leur souhaiter chance pour toute une année et pour célébrer les joies du printemps. On m’a appris aussi, que cette tradition date du 1er Mai 1561 et qu’on le doit au roi Charles X qui décida d’en offrir à toutes les dames de la cour. Il a trouvé l’idée chouette et le lança comme habitude pour les années à suivre.

La vente de muguet dans les rues remonte pour sa part aux environs de 1936 avec l’avènement des congés payés, et c’est devenu la fleur de la fête du travail.
Je suis rentrée me recoucher et en me réveillant à midi, j’ai trouvé sur la table de mon chevet un bouquet de muguet.

Garçon Voiture Garçon

Mercredi 22 avril 2009

Ça me rappelle une histoire datant d’il y a quelques années. Un garçon un peu paumé qui un jour se réveille à son heure habituelle de l’époque, 13h 13h30. Se boit petit café en essayant se rassembler. Se rappelle soudain que sa voiture la veille il l’a garé mal, sur une place livraison voir pire encore handicapé. Dans sa rue un peu plus haut. Se disant qu’il se lèverait tôt le lendemain matin pour lui trouver une place décente. Alors là doit être dans les 14h, belle journée de printemps garçon hirsute mal réveillé se précipite à sa fenêtre et là, vision surnaturelle, plus haut dans la rue, voiture comme en lévitation. Temps suspendu l’espace l’instant magique : fière mécanique les quatre roue en l’air dominant le monde de son vol magnifique…

Mais non, magie s’effrite, voiture reprend dérisoire rotation pour venir délicate se poser sur camion, bras robotique articulé méchant. L’implacable bonhomme précis à la manœuvre. Alors garçon mal habillé mal réveillé à l’air hagard début panique descend en catastrophe. Par chance contractuelle encore postée dans voiture PPP à gribouillasser leurs sales petit carnets rose papiers. Garçon là paye une fortune PV car c’était bel et bien une place handicapé et voiture libérée redescend sur terre ferme. Journée mal commencée, comme brulé l’argent, jeté argent par les fenêtres, mais au moins le pire est évité: se taper un trajet en RER vers Grigny-le-boutonneux où ne sait quelle sordide banlieue lointaine récupérer voiture dans zone industrielle gris-noir bitumeuse fourrière.

Mlle H’s Guest : Fanfan

La Célébration du Printemps

Mardi 17 mars 2009

Je me réveille aujourd’hui toute en sueur, suffoquant sous ma couette hivernale. Je lui donne un coup de pied violent pour m’en débarrasser. Je reste là un moment, étendue sur le lit, sentant le soleil sur mes jambes. « Il est temps de ranger ma couette dans le fond du placard et de sortir une couverture », pensais-je. C’est enfin le printemps qui arrive.
Très contente de mon constat, je m’habille. Je sors mes trenchs, mes vestes à carreaux, mes jupes, mes petits chemisiers, mes tongs… « Euhh là j’en fais peut-être un peu trop… Je crois que mes Repetto feront l’affaire». Et après avoir foutu un bordel monstrueux sur mon lit qui ressemblait ensuite à un champ de bataille haut en couleurs et après avoir cherché pendant une heure mes lunettes de soleil, je sors enfin.

La Célébration du Printemps

Toutes les terrasses du quartier sont prises d’assauts par le troupeau citadin affamé de soleil. C’est la grosse glande. Les gens boivent leur café, tranquilles, visage tourné au soleil et regardent les passants les yeux mis-clos. Il y a un homme assis là, livre à la main. Son regard suit discrètement, avec cette discrétion si propre aux Parisiens, les filles qui passent. Cette méthode, je la connais fort bien. Ils s’en servent tous. Ils baissent la tête, et très prudemment, d’un coin de l’œil, jettent un regard furtif vers l’objet de leur attention. Ni vu ni connu. Ensuite ils passent pour des hommes indifférents aux yeux des filles du monde entier. (Alors que dans mon pays, (en plus on a des grands yeux vers chez nous), les gens se regardent dans l’iris même de l’œil.) Alors par simple jeu, je suis son regard et je vois qu’il matte une rousse qui passe avec une petite jupe violette, et puis une grande brune qui très manifestement a chaud car elle enlève sa veste d’un geste brusque laissant découvrir une robe verte à bretelles. En fait ce garçon ne fait rien de mal, il regarde juste le printemps.

À midi, j’ai suivi la foule sortant des bureaux. Je l’ai suivi dans la boulangerie où j’ai acheté un sandwich et puis jusqu’au parc. J’ai posé mes fesses sur un vieux « A nous Paris »  qui traînait dans mon sac. On ne sait jamais, l’herbe est peut-être encore mouillée. Les gens mangeaient leur sandwich, exposant leurs membres blancs aux rayons du soleil, telle une offrande aux dieux. Les hommes, veste à la main, cravates desserrées, pantalons rehaussés aux genoux, discutaient entre eux. Une fille avait enlevé son collant et essayait de bronzer ses jambes. Les couples restaient couchés sur l’herbe, main à la main, yeux fermés. Et moi je mangeais mon sandwich regardant tout ce monde, pensant aux rillettes, aux fromages, chips et vin blanc du premier pique-nique de ce printemps.

Merci à mon ami Luviel qui m’a magnifiquement illustré !

La Bise - Troisième Année

Jeudi 19 février 2009

C’est l’été. Je suis de retour dans ma terre natale. Il fait très chaud.
Un jour, alors que je lisais tranquille dans ma chambre, j’ai entendu des rires cristallins qui se mélangeaient au ronronnement constant du ventilateur.
Ma mère tenait salon. Elle avait invité toutes ses copines-profs de français. Une par une je leur ai fait la bise.

Une d’elles en rigolant dit : « Oh la la, H est devenue une vraie française. Elle nous fait la bise. Te souviens-tu Lumto, on nous l’interdisait autrefois ? »

Et là, ma mère qui saute : « Et comment je me souviens ! Pendant la dictature, c’était interdit de faire la bise aux Français du PC qui venait visiter le pays, fascinés par ce bastion du communisme. Les consignes étaient strictes : Il faut donner tout de suite la main aux camarades français afin de couper en avance leur élan naturel à faire la bise. Sinon, on risquait d’être poursuivi par la loi pour « influences étrangères ». Je me souviens, j’ai accompagné un groupe pendant deux semaines. Au moment du départ, l’un d’eux, s’est jeté à mes bras et m’a embrassé quatre fois. J’ai senti mes jambes se dérober sous moi et tout ce que j’arrivais à me dire c’était : « Pourvu que personne ne m’ai vu. Je n’ai même pas pu me laisser toucher par ce beau geste d’amitié ».

J’y pense parfois…Comme je pense aussi à notre ami Robert, les lettres duquel nous arrivaient toujours ouvertes et à la fin on ne nous les livraient même plus… »

Un ange amer est passé.

Quant à moi, j’ai trouvé une réponse ce jour-là.  J’ai su que quelque part j’étais venue en France pour vivre le rêve de ma mère.

Très Valentine

Dimanche 15 février 2009

Hier matin, le téléphone se déchaîne. La première fois que ça sonne, je me dis que je laisse tomber. La deuxième fois, je murmure un truc matinal méchant. La troisième fois, je réponds en essayant de prendre une voix douce et pas trop endormie au cas où c’est pour un boulot. Et non, c’est un livreur de cadeaux. Alors je saute du lit, je mets une couverture sur le poste de télé (on ne sait jamais, ceux de la redevance sont devenus vicieux avec le temps), et j’ouvre la porte pour me retrouver nez à nez avec … le cadeau. Mon premier cadeau. Ce sont des orchidées violettes d’Afrique. C’est la première fois qu’un truc sympa vient pour moi d’Afrique. D’habitude, c’est plutôt le contraire (moi et l’Afrique c’est une longue histoire que je raconterai quand je serai vieille et que je radoterai sur un banc). Je mets alors les fleurs sur la bibliothèque, là ou elles prennent bien la lumière de la lampe, et je me dis que ça va être une chouette journée….

L’Heure de l’Apéro

Vendredi 13 février 2009

Hier soir j’étais invitée dîner chez H Junior. Ma sœur, qui habite avec son copain, un Français, a adopté par amour son mode de vie. Alors elle profite de cette fusion, pour faire bon usage de quelques rites français sympas, comme l’apéro avant le passage à table.

Alors, comme toute-bonne française elle s’est appliquée à nous offrir un apéro royal. Sur la table s’étalaient des carottes et des brocolis crus avec une petite sauce tzatziki, une belle planche en bois avec des rondelles de saucisson sec, des noix de cajou, des figues séchées, des blinis avec des rillettes de thon, et des petites tartelettes de  poireaux. Le tout accompagné de bières, de vin blanc, et du raki, histoire de mettre une petite touche de chez nous. Ma sœur avait fait du zèle.

Je m’y connais en apéro et parfois il n’y a que des cacahouètes à se mettre sous la dent, comme quand on va chez Steph. Les conversations sont toujours de haute volée, la bière bien fraîche, mais les cacahouètes restent des cacahouètes. En revanche l’apéro chez Alex est exquis, toujours du champagne et des amuse bouches de chez Publicis Drugstore. En plus il a un large canapé qui s’accorde à la perfection avec son grand écran plasma pour des soirées match de foot. Et puis il y a les apéros sonores chez François tous les jeudis soirs, qui sont devenue une institution désormais. Et le must les apéros entre copines, et là croyez-moi, ça jase grave, et quand les mojitos montent à la tête, ça jase encore plus.

Parfois j’ai l’impression que la vie sociale des gens tourne autour de ces apéros, qui sont des excellents prétextes pour voir des amis. Il y a des apéros trois fois par semaine chez l’un et l’autre. C’est pratique pour l’hôte qui ne passe pas son temps derrière les fourneaux. Et puis pour les invités aussi, car on s’y rend tôt et on part tôt, ce qui évite la tête fracassée le lendemain au travail. Enfin, il y a toujours le risque d’un apéro qui s’éternise et là attention au dérapage.

Quand même, les apéros les plus sympas, restent ceux du Sud, en étés. Pastis, tapenade, poissons crus. Je passe des heures à tables, en maillot de bain, enivrées par les arômes d’huile d’olive, de persil et des herbes de Provence.  Ahlala le soleil, il se fait désirer ces jours-ci…

La Bise - Deuxième Année

Vendredi 6 février 2009

Au bout d’un an et de (365j x 20b/j = 7300b/an) 7300 bisous, j’étais passé maître dans le maniement de la « Neutre Attitude » au moment de la bise.

Je connaissais toutes les ficelles, les subtilités, je connaissais désormais ces lois silencieuses qui véhiculent la distribution des bises. Je savais reconnaître quel type de bisou correspondait à tel type de personne. Bref après analyse, j’avais même établi une liste avec les types de bises et leurs caractéristiques.

LE BISOU AERIEN : distribué à une personne qualifiée de connaissance quelconque, et qui ne va pas être fâché de ne pas sentir ton haleine tiède sur sa joue. Entre dans la catégorie INDIFERENCE !
Il y a une exception pour ce type de bise : Elle est très répandue chez les petites vieilles qui ont peur de perdre leurs rouges à lèvres.

LE BISOU LEVRES PINCÉES : s’utilise généralement envers de personnes avec lesquels souvent on ne partage pas les mêmes points de vue sur la vie, les fringues, les mecs, bref on n’est pas dans le même trip. Mais attention parfois ce bisous-là peut être guidé par un sentiment un peu pervers imbu d’envies cachées et de jalousie. Je me méfie toujours de celui-là. Catégorie : FRISSONS !

LE BISOU BOUCHE CUL DE POULE : il est souvent accompagné d’un son qui fait plouf, pfouf, muah, selon l’appellation qu’on lui a donné durant l’enfance. Dans ce cas, la bise est franche, joueuse, drôle. Y ont droit : les amis proches, le petit-neveu tout beau tout mignon et ses copains de jeu au parcs, ce cher et tendre mari avec qui on partage la vie depuis 15 ans. Catégorie : GAGA !

LE BISOU « CODE SECRET », car c’est un code pour envoyer des signaux colorés au gars craquant dans la fête et éventuellement l’avertir que c’est juste une question de temps avant que tu ne fasses qu’une bouchée de lui. La bise est appuyée et longue. Généralement, on en profite pour fourrer son nez discrètement dans les cheveux du type et respirer son odeur (histoire d’être sûre de ne pas avoir des mauvaises surprises au moment venu). Entre dans la catégorie IMPERTINANCE !
Dans ce domaine, on reconnaît un autre type de bise, mais un peu effronté, je dirais. Je parle de la BISE MOUILLEE. Dans tous les cas de figures, elle a une caractéristique commune : elle fait rougir.
(À moins que ce soit un bébé qui te bave sur la joue en faisant ses explorations sur l’usage de la bouche)…

Je reconnais que ce classement est strictement personnel et subjectif, donc assujetti à des modifications de dernière minute, alors vous pouvez tout à fait m’en soumettre vos avis et vos contestations.
Un gros bisou en attendant la suite…

La Bise – Première Année

Jeudi 29 janvier 2009

Mon premier jour au lycée français fût un souvenir inoubliable.

Dès que j’ai mis les pieds dans ma nouvelle classe, je me suis sentie aimée par les Français. L’un après l’autre, ils sont venus se présenter et ils m’ont embrassé sur les joues, certains même 4 fois. Mon cœur, pas habitué à cette explosion d’amour inconditionnelle, palpitait de gratitude envers cette grande gentillesse. Les pommettes rouges, les yeux en larmes, je m’assoie à côté d’une fille très jolie, qui m’embrasse elle aussi. Elle portait un nom de fleur qui lui allait comme un gant, Violette.

Après les cours, je suis allée rencontrer ma famille d’accueil, qui donnait une réception en mon honneur pour présenter la petite étrangère qui allait vivre avec eux, à tous les voisins et amis. Là aussi, rebelote, je me suis émue alors qu’ils venaient tous m’embrasser.

J’ai appelé ma mère le soir même qui pleurait de gros sanglots à l’autre bout du fil. Je lui ai dit «  Pleure pas maman, ici ils sont tous très gentils et bons avec moi, ils m’ont tous embrassé. D’ailleurs je ne comprends pas pourquoi on dit que les Français sont froids, c’est tout le contraire. Ne t’en fais pas pour moi maman. La France m’aime. »

Toute la semaine continua ce rituel de bisous incessants. Je commençais à m’y faire, je souriais moins comme une débile quand on m’embrassait, surtout que les autres ne semblaient pas exprimer un sentiment particulier, quand ça se passait. Ils faisaient ça avec naturel. Deux semaines après, ce n’était pas encore tout à fait ça, mais je m’approchais immanquablement de mon but : « la neutre attitude au moment du bisou ».

J’ai beaucoup d’histoires à vous raconter sur moi, la bise et les Français, mais ce serait injuste de tout vous raconter en une seule fois. J’ai goûté, subi, joui, haï, dévié et recherché cette fameuse bise, pendant trop d’années pour vous la lâcher d’un coup. Alors à bientôt pour la suite. Bisous, bisous.