Quel croque êtes-vous ?
Vendredi 27 février 2009

Paris. Froid glacial. Les rues sont vides, mais eux ils sont encore là.
Ils sont partout. Assis en dessous d’un guichet de banque, bouteille à la main devant un Franprix, allongés sur le trottoir, couchés sur un banc de métro. Et encore, dernièrement ils se voient dépourvus de cette option, car la RATP a remplacé les bancs par des chaises glissantes. Néanmoins, ils rodent toujours dans le coin, ces usagers éternels du métro. Les plus chanceux, ceux qui n’ont pas encore sombré, réussissent à exister par leur chant rauque ou par leur voix monocorde qui quête l’argent à travers les allées de voyageurs; les autres n’existent que par leur puanteur.
«Il n’y a pas toujours des sous à donner, mais un sourire sur les lèvres, ça détend», ainsi répétait son refrain du jour cette vielle femme, d’une soixantaine d’année, une clocharde comme on en rencontre souvent quand on est une habituée du métro comme moi. Elle avait un chapeau violet sur la tête, large et difforme, ce qui la distinguait de nous autres, êtres grisâtres se fondant dans la foule métromane parisienne.
«Baisse ta tête et lis parisien
Baisse ta tête et écoute ton refrain journalier
Baisse ta tête et hume la cage à souris»
Pour mon ami, Al…
C’est l’été. Je suis de retour dans ma terre natale. Il fait très chaud.
Un jour, alors que je lisais tranquille dans ma chambre, j’ai entendu des rires cristallins qui se mélangeaient au ronronnement constant du ventilateur.
Ma mère tenait salon. Elle avait invité toutes ses copines-profs de français. Une par une je leur ai fait la bise.
Une d’elles en rigolant dit : « Oh la la, H est devenue une vraie française. Elle nous fait la bise. Te souviens-tu Lumto, on nous l’interdisait autrefois ? »
Et là, ma mère qui saute : « Et comment je me souviens ! Pendant la dictature, c’était interdit de faire la bise aux Français du PC qui venait visiter le pays, fascinés par ce bastion du communisme. Les consignes étaient strictes : Il faut donner tout de suite la main aux camarades français afin de couper en avance leur élan naturel à faire la bise. Sinon, on risquait d’être poursuivi par la loi pour « influences étrangères ». Je me souviens, j’ai accompagné un groupe pendant deux semaines. Au moment du départ, l’un d’eux, s’est jeté à mes bras et m’a embrassé quatre fois. J’ai senti mes jambes se dérober sous moi et tout ce que j’arrivais à me dire c’était : « Pourvu que personne ne m’ai vu. Je n’ai même pas pu me laisser toucher par ce beau geste d’amitié ».
J’y pense parfois…Comme je pense aussi à notre ami Robert, les lettres duquel nous arrivaient toujours ouvertes et à la fin on ne nous les livraient même plus… »
Un ange amer est passé.
Quant à moi, j’ai trouvé une réponse ce jour-là. J’ai su que quelque part j’étais venue en France pour vivre le rêve de ma mère.
Hier matin, le téléphone se déchaîne. La première fois que ça sonne, je me dis que je laisse tomber. La deuxième fois, je murmure un truc matinal méchant. La troisième fois, je réponds en essayant de prendre une voix douce et pas trop endormie au cas où c’est pour un boulot. Et non, c’est un livreur de cadeaux. Alors je saute du lit, je mets une couverture sur le poste de télé (on ne sait jamais, ceux de la redevance sont devenus vicieux avec le temps), et j’ouvre la porte pour me retrouver nez à nez avec … le cadeau. Mon premier cadeau. Ce sont des orchidées violettes d’Afrique. C’est la première fois qu’un truc sympa vient pour moi d’Afrique. D’habitude, c’est plutôt le contraire (moi et l’Afrique c’est une longue histoire que je raconterai quand je serai vieille et que je radoterai sur un banc). Je mets alors les fleurs sur la bibliothèque, là ou elles prennent bien la lumière de la lampe, et je me dis que ça va être une chouette journée….
Hier soir j’étais invitée dîner chez H Junior. Ma sœur, qui habite avec son copain, un Français, a adopté par amour son mode de vie. Alors elle profite de cette fusion, pour faire bon usage de quelques rites français sympas, comme l’apéro avant le passage à table.
Alors, comme toute-bonne française elle s’est appliquée à nous offrir un apéro royal. Sur la table s’étalaient des carottes et des brocolis crus avec une petite sauce tzatziki, une belle planche en bois avec des rondelles de saucisson sec, des noix de cajou, des figues séchées, des blinis avec des rillettes de thon, et des petites tartelettes de poireaux. Le tout accompagné de bières, de vin blanc, et du raki, histoire de mettre une petite touche de chez nous. Ma sœur avait fait du zèle.
Je m’y connais en apéro et parfois il n’y a que des cacahouètes à se mettre sous la dent, comme quand on va chez Steph. Les conversations sont toujours de haute volée, la bière bien fraîche, mais les cacahouètes restent des cacahouètes. En revanche l’apéro chez Alex est exquis, toujours du champagne et des amuse bouches de chez Publicis Drugstore. En plus il a un large canapé qui s’accorde à la perfection avec son grand écran plasma pour des soirées match de foot. Et puis il y a les apéros sonores chez François tous les jeudis soirs, qui sont devenue une institution désormais. Et le must les apéros entre copines, et là croyez-moi, ça jase grave, et quand les mojitos montent à la tête, ça jase encore plus.
Parfois j’ai l’impression que la vie sociale des gens tourne autour de ces apéros, qui sont des excellents prétextes pour voir des amis. Il y a des apéros trois fois par semaine chez l’un et l’autre. C’est pratique pour l’hôte qui ne passe pas son temps derrière les fourneaux. Et puis pour les invités aussi, car on s’y rend tôt et on part tôt, ce qui évite la tête fracassée le lendemain au travail. Enfin, il y a toujours le risque d’un apéro qui s’éternise et là attention au dérapage.
Quand même, les apéros les plus sympas, restent ceux du Sud, en étés. Pastis, tapenade, poissons crus. Je passe des heures à tables, en maillot de bain, enivrées par les arômes d’huile d’olive, de persil et des herbes de Provence. Ahlala le soleil, il se fait désirer ces jours-ci…
Au bout d’un an et de (365j x 20b/j = 7300b/an) 7300 bisous, j’étais passé maître dans le maniement de la « Neutre Attitude » au moment de la bise.
Je connaissais toutes les ficelles, les subtilités, je connaissais désormais ces lois silencieuses qui véhiculent la distribution des bises. Je savais reconnaître quel type de bisou correspondait à tel type de personne. Bref après analyse, j’avais même établi une liste avec les types de bises et leurs caractéristiques.
LE BISOU AERIEN : distribué à une personne qualifiée de connaissance quelconque, et qui ne va pas être fâché de ne pas sentir ton haleine tiède sur sa joue. Entre dans la catégorie INDIFERENCE !
Il y a une exception pour ce type de bise : Elle est très répandue chez les petites vieilles qui ont peur de perdre leurs rouges à lèvres.
LE BISOU LEVRES PINCÉES : s’utilise généralement envers de personnes avec lesquels souvent on ne partage pas les mêmes points de vue sur la vie, les fringues, les mecs, bref on n’est pas dans le même trip. Mais attention parfois ce bisous-là peut être guidé par un sentiment un peu pervers imbu d’envies cachées et de jalousie. Je me méfie toujours de celui-là. Catégorie : FRISSONS !
LE BISOU BOUCHE CUL DE POULE : il est souvent accompagné d’un son qui fait plouf, pfouf, muah, selon l’appellation qu’on lui a donné durant l’enfance. Dans ce cas, la bise est franche, joueuse, drôle. Y ont droit : les amis proches, le petit-neveu tout beau tout mignon et ses copains de jeu au parcs, ce cher et tendre mari avec qui on partage la vie depuis 15 ans. Catégorie : GAGA !

LE BISOU « CODE SECRET », car c’est un code pour envoyer des signaux colorés au gars craquant dans la fête et éventuellement l’avertir que c’est juste une question de temps avant que tu ne fasses qu’une bouchée de lui. La bise est appuyée et longue. Généralement, on en profite pour fourrer son nez discrètement dans les cheveux du type et respirer son odeur (histoire d’être sûre de ne pas avoir des mauvaises surprises au moment venu). Entre dans la catégorie IMPERTINANCE !
Dans ce domaine, on reconnaît un autre type de bise, mais un peu effronté, je dirais. Je parle de la BISE MOUILLEE. Dans tous les cas de figures, elle a une caractéristique commune : elle fait rougir.
(À moins que ce soit un bébé qui te bave sur la joue en faisant ses explorations sur l’usage de la bouche)…
Je reconnais que ce classement est strictement personnel et subjectif, donc assujetti à des modifications de dernière minute, alors vous pouvez tout à fait m’en soumettre vos avis et vos contestations.
Un gros bisou en attendant la suite…
